« Est-ce que je dois me lever à midi pour lancer ma machine ? » Mon voisin m’a posé la question comme ça, en mars, trois semaines après avoir fait poser ses panneaux. Non. Tu ne te lèves pas, tu n’achètes rien : le départ différé que ta machine porte déjà fait tout le travail, et c’est le seul bouton à toucher.
Ce que ça rapporte tient en une ligne, et la ligne déçoit. Sur le lave-linge seul, une vingtaine d’euros par an. Pas deux cents. Le geste vaut parce qu’il ne coûte rien et qu’il se cumule avec le lave-vaisselle et le chauffe-eau, pas parce qu’il changerait ta facture à lui tout seul.
Un kilowattheure consommé chez toi vaut dix-huit fois le même kilowattheure vendu
C’est l’arrêté du 1er juin 2026 qui a créé cet écart. Il a ramené le rachat du surplus photovoltaïque à 1,1 centime le kilowattheure, contre 4 centimes depuis mars 2025. En face, l’électricité que tu achètes au tarif réglementé, option Base, est à 0,2001 € depuis la grille du 1er août 2026. Le rapport entre les deux est de dix-huit.
| Ce que devient un kilowattheure | Ce qu’il te vaut | D’où sort le chiffre |
|---|---|---|
| Vendu en surplus au réseau | 0,011 € | arrêté du 1er juin 2026 |
| Consommé sous tes propres panneaux | 0 € payé | ta production |
| Acheté au tarif réglementé, option Base | 0,2001 € | grille du 1er août 2026 |
| Acheté en heures pleines | 0,2142 € | grille du 1er août 2026 |
| Acheté en heures creuses | 0,1589 € | grille du 1er août 2026 |
Avant cet arrêté, arbitrer entre vendre et consommer relevait de l’optimisation fine. Aujourd’hui, la question ne se pose plus : tout kilowattheure qui part sur le réseau est un kilowattheure bradé.
Un lave-linge pèse peu là-dedans, et le chiffrer prend deux minutes. L’étiquette énergie collée sur la porte annonce une consommation pour 100 cycles du programme Éco 40-60, et non par lessive : c’est le règlement européen 2019/2014 qui impose cette convention depuis 2021. Un huit kilos classé A tourne autour de 50 kWh pour 100 cycles, soit 0,5 kWh par machine. Un coton à 60 °C monte à 1,1 kWh, parce que l’essentiel de l’énergie sert à chauffer l’eau et rien d’autre.
Prends une famille qui lance quatre à cinq machines par semaine, en mélangeant les programmes. Ça fait 220 cycles dans l’année, à 0,7 kWh l’un en moyenne, soit 154 kWh. Si tu arrives à en passer trois sur quatre sous ta propre production, tu récupères 115 kWh à 0,189 € l’unité. Vingt-deux euros.
Le chiffre déçoit, et il est juste. Le vrai bénéfice se lit ailleurs : l’Ademe a calculé qu’une installation résidentielle de 3 à 9 kilowatts-crête qui autoconsomme 45 % de sa production au lieu de 25 % est remboursée cinq ans plus tôt, et son avis de janvier 2025 sur l’autoconsommation individuelle nomme le lave-linge parmi les trois usages à déplacer. Cinq ans sur un chantier à 8 000 €, ça ne se compare pas à vingt-deux euros de lessive.
Le pic de production n’est pas à midi, il est vers 13 h 45
Midi à ta montre n’est pas midi au soleil, et l’écart n’a rien d’anecdotique. L’heure légale française avance d’une heure sur l’heure solaire l’hiver, de deux l’été. En juin, le maximum tombe entre 13 h 30 et 14 h 15 selon ta longitude, plus tard à Brest qu’à Strasbourg. En décembre, il recule autour de 12 h 45.
Une installation de 3 kilowatts-crête orientée sud produit donc en cloche autour de ce point. Ta maison, elle, tire en permanence 200 à 400 watts pour le réfrigérateur, la box et les veilles. Ce qui reste disponible pour une machine, c’est la différence.
Un détail de fonctionnement arrange beaucoup les choses. Un lave-linge n’appelle pas sa puissance de façon régulière : il tire ses 2 000 watts pendant la chauffe de l’eau, puis retombe à deux ou trois cents watts jusqu’à l’essorage. Ce qui doit tomber dans le créneau, c’est la phase de chauffe, pas le cycle entier. Un programme Éco de trois heures lancé à 13 h a fini de consommer bien avant 15 h, même s’il tourne encore.
L’hiver écrase tout ça. Sous un ciel gris de décembre, trois kilowatts-crête sortent parfois 600 watts au plus fort de la journée, c’est-à-dire de quoi couvrir le frigo et rien de plus. Il n’y a pas de réglage qui rattrape ça.
Régler le départ différé, et vérifier ensuite que ça a marché
Le piège du départ différé, c’est qu’il ne se règle presque jamais à l’heure de la journée. Sur la grande majorité des machines, il compte des heures à partir de maintenant, par pas d’une heure : tu appuies trois fois, tu obtiens un départ dans trois heures. Certaines marques font l’inverse et demandent l’heure de fin. Regarde ta notice sur ce point précis, c’est le seul endroit où elles diffèrent vraiment.
La soustraction est donc à ta charge. Tu charges le tambour à 8 h, tu vises un départ vers 13 h : cinq heures. Si ta machine raisonne en heure de fin et que le programme dure 3 h 20, tu lui demandes une fin à 16 h 30 et elle démarrera vers 13 h 10. Dans les deux cas, vise le début du créneau plutôt que son milieu. Mieux vaut une heure d’avance qu’une heure de retard : la chauffe dure assez longtemps pour mordre sur la montée de production, alors qu’un départ tardif la pousse dans l’ombre de la fin d’après-midi.
Savoir si le réglage a servi demande un chiffre, pas une impression. Ton onduleur affiche une courbe de production dans son application, mais elle ne dit rien de ce que tu as consommé. Le compteur, lui, le dit. Une installation en revente de surplus possède un index d’injection relevé par Enedis, consultable sur ton espace client, et c’est celui-là qu’il faut regarder : à production comparable d’un mois sur l’autre, un index d’injection qui monte moins vite signifie que la différence est passée dans tes appareils. C’est la seule vérification que tu peux faire sans rien installer.
Grouper tes lessives, parce que le créneau ne tient pas tout
Le créneau utile d’une journée d’été porte deux cycles, trois si le ciel est parfaitement dégagé et que tu enchaînes sans laisser le tambour vide entre les deux. En mars ou en octobre, il en porte un. Une famille qui lance cinq machines par semaine n’a donc pas le choix : elle les regroupe sur deux ou trois jours au lieu de les étaler, et elle remplit chaque tambour.
Ce regroupement se heurte vite à la contenance. Sept kilos de linge par cycle, c’est trois machines pour une semaine de famille, et il faut les caser. La contenance du tambour devient donc une donnée d’autoconsommation, ce qu’on n’attend pas d’elle : sur le même volume de linge, une machine de grande capacité divise le nombre de démarrages, donc le nombre de créneaux à trouver dans la semaine.
L’argument se retourne vite, alors autant le border. Une machine à moitié pleine consomme presque autant qu’une machine pleine, puisque la chauffe de l’eau dépend du volume et pas du poids du linge. Remplir le tambour fait donc gagner de l’énergie. Un grand tambour rempli à moitié n’en fait gagner aucune.
Heures creuses ou heures de soleil : le seuil est à 27 %
Si tu es en option Base, la question ne se pose pas. Tu paies 0,2001 € à toute heure, déplacer ne peut rien te coûter, et chaque kilowattheure couvert par tes panneaux te rapporte 0,189 € une fois retranché le centime que tu aurais touché en le vendant.
En option Heures creuses, c’est un arbitrage réel, et les deux logiques se contredisent franchement. Depuis le 1er août 2026, le tarif réglementé affiche 0,2142 € en heures pleines et 0,1589 € en heures creuses. Ta machine de nuit tourne donc déjà à un tarif bas. La déplacer à 13 h te fait gagner 0,148 € sur chaque kilowattheure que le soleil couvre vraiment, mais te fait perdre 0,055 € sur chaque kilowattheure qu’il ne couvre pas, puisque celui-là part en heures pleines.
L’équilibre se calcule : il faut que 27 % de l’énergie du cycle passe sous ta production pour que le déplacement reste gagnant. En dessous, la nuit était plus rentable. C’est un seuil bas, largement franchi d’avril à septembre, et rarement atteint par temps couvert en décembre. Ma réponse pour un contrat heures creuses tient donc en une phrase : tu déplaces de mars à octobre, tu laisses tourner la nuit le reste de l’année.
Le pilotage automatique se paie sur le chauffe-eau, jamais sur le lave-linge
On te proposera une prise pilotée à 30 ou 60 €, ou un routeur solaire entre 200 et 400 € pose comprise, qui mesure ton surplus en temps réel et déclenche un appareil quand il dépasse un seuil. Sur le papier c’est mieux que le départ différé, parce que ça s’adapte au ciel du jour au lieu de parier sur la veille.
Sur le lave-linge seul, c’est un mauvais achat, et le calcul est court. Le pilotage automatique ne fait pas gagner vingt-deux euros de plus par an : il améliore à la marge un geste qui en rapportait déjà vingt-deux. Même en lui prêtant cinq euros de mieux par an, un routeur à 300 € met soixante ans à se rembourser.
Ce qui justifie le routeur, c’est le ballon d’eau chaude. Un chauffe-eau électrique de 200 litres consomme 1 500 à 2 000 kilowattheures par an, soit dix fois le lave-linge, et il accepte de chauffer par petites doses quand le surplus arrive. Détourner ne serait-ce que la moitié de sa consommation vers ta production rapporte de l’ordre de 150 € par an : là, l’appareil est remboursé en deux ou trois ans. Si tu en installes un pour ton ballon, le lave-linge en profitera par-dessus le marché. L’acheter pour le lave-linge, non.
Le raisonnement change encore si tu as un chauffe-eau solaire thermique, qui chauffe l’eau directement au soleil sans passer par l’électricité. Les deux font de l’eau chaude, aucune des deux n’a besoin de l’autre.
Ce que ça ne change ni à ton contrat ni à tes aides
Aucun de ces gestes ne touche à ta situation administrative, et j’insiste parce que la question revient à chaque fois. Autoconsommer davantage ne rompt pas ton contrat d’obligation d’achat : il porte sur le surplus, quel qu’il soit, pour 20 ans. Tu vendras moins de kilowattheures au même tarif, voilà tout. Rien à déclarer, rien à signaler à ton fournisseur.
Côté aides, c’est aussi net. Décaler tes machines n’ouvre aucun droit et n’en ferme aucun : ni MaPrimeRénov’, ni la prime des certificats d’économies d’énergie, ni l’éco-prêt à taux zéro ne regardent ce que tu fais de ton électricité une fois les panneaux posés. La prime à l’autoconsommation, elle, a disparu le 5 juin 2026 pour les demandes de raccordement déposées après cette date, et rien de ce que tu règles sur ta machine ne la ramène. Ton étiquette de DPE ne bouge pas davantage : le diagnostic ne compte ni le lave-linge ni le lave-vaisselle.
La condition où tout ce qui précède tombe à côté, c’est le contrat de vente en totalité. Si ta demande de raccordement est ancienne et que ton installation vend l’intégralité de sa production à un tarif d’achat, tu n’autoconsommes rien par construction : chaque kilowattheure produit part au réseau, chaque kilowattheure consommé est acheté, et déplacer une machine ne fait que la sortir de tes heures creuses. Regarde ton contrat avant de toucher au départ différé. Si tu es dans ce cas et que tu envisages de basculer en surplus, c’est un calcul à part, qui dépend du tarif que tu as signé et qui ne se tranche pas sur cette page.